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Interview : Gail Carriger

Interview : Gail Carriger

Jeudi 02 Février 2012
Romans, littérature, écriture et projets…

Interviewée par Bryan Thomas Schmidt (Grasping For The Wind), la créatrice d’Alexia Tarabotti se confie.
 
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Gail Carriger écrit pour oublier qu’elle a été vaguement élevée par une expatriée de l’Empire britannique et un incurable grincheux. Elle s’est enfuie d’une petite ville pour rejoindre l’Europe et y a acquis par inadvertance une éducation et quelques diplômes. Elle a ensuite arpenté les principales villes d’Europe, se nourrissant exclusivement de biscuits fournis par son sac à main. Elle vit à présent dans les colonies avec un harem d’amoureux arméniens et du thé directement importé de Londres.
A son actif, quatre tomes parus aux Etats-Unis et en Angleterre du Protectorat de l’ombrelle, et deux en France (le 3e paraîtra en avril prochain). Elle écrit actuellement une série pour jeunes adultes, dans le même univers que celui d’Alexia. Le cinquième et dernier tome du Protectorat de l’ombrelle sortira outre-atlantique en Mars 2012.
Rerouvez Gail en ligne sur http://gailcarriger.com/ et également sur Facebook et Twitter (@ gailcarriger).

SFFWRTCHT : Le Protectorat de l’ombrelle est l’histoire d'une vieille fille de 26 ans qui n'a pas d'âme, et qui peut ainsi déjouer les attaques des vampires et des loups-garous. Elle vit dans le Londres victorien. C'est très drôle, charmant, avec une bonne dose de romance, de sexe, d’horreur, de steampunk, de science-fiction, de fantasy et bien d’autres choses encore. Commençons par le steampunk. Selon vous, à quel genre appartient votre roman ?

Gail Carriger : Je dirais que mes romans sont des comédies de mœurs bit-lit steampunk.

SFFWRTCHT : Va pour « comédies de mœurs bit-lit steampunk ». Parfait. Est-ce que ça s’est fait naturellement ou était-ce l’objectif initial ?

GC : C'est arrivé de manière organique. J'aime à dire que c’est l’injection du surnaturel dans mon univers Victorien gouverné par la science qui a des conséquences steampunk.

SFFWRTCHT : À quel point aviez-vous déjà écrit le fil rouge de la série, et qu’avez-vous improvisé ?

GC : Les deux premiers tomes ont été improvisés : j’ai lancé tout un tas de pistes que j’ai dû ensuite organiser. Au troisième tome, je savais précisément quelle direction la série prenait et qu’il y aurait cinq tomes. Cela dit chaque tome a été pensé avec un plan détaillé. J’adore les plans.

SFFWRTCHT : Quel est le plus grand défi lorsqu’on écrit une série ? Faire en sorte que chaque tome puisse être lu de manière indépendante tout en conservant la trame de fond, ou autre chose ?

GC: Être piégé par la publication. Une fois que le livre est imprimé, vous êtes enfermé dans ce monde tel que vous l'avez écrit et vous devez respecter ses règles, sinon vous êtes un narrateur bien peu fiable. Cela ne m’était jamais arrivé dans mes précédentes séries qui n’ont pas été publiées, je pouvais revenir  en arrière et bricoler le premier tome en écrivant le troisième, afin de faire fonctionner le tout correctement. Je suis devenue très, très prudente dans chaque volume sur les détails du monde que j’ai créé : sur ce qui est nécessaire ou superflue, ou sur ce que dit un personnage douteux et qui pourrait s’avérer faux.

SFFWRTCHT : Est-ce que le steampunk est nécessairement « colonialiste », et peut-on imaginer un steampunk « post-colonialiste » ?

GC : Tout ce qui vient après l’invention du moteur à combustion est généralement qualifié de « dieselpunk », mais ne soyons pas tatillon. Il y a plus tard – disons après 1900 – des choses qui pourraient relever du steampunk, mais elles sont assez rares.

SFFWRTCHT : Le steampunk avec de la fantasy urbaine, voilà un élément intéressant. Est-ce que Londres (ou une autre ville?) devient un personnage à part entière dans les romans ?
 
GC : Pas autant que les inventions victoriennes dans les différents pays. Mes personnages voyagent beaucoup.

SFFWRTCHT : D’où vous vient votre intérêt pour la science-fiction et la fantasy ?

GC : Quand j’étais petite, ma mère me lisait des romans de science-fiction et de fantasy, Tolkien, par exemple. Les Water Babies, Le Monde de Narnia, etc.  C’est elle, l’expatriée de l’Empire britannique.

SFFWRTCHT : Pouvez vous citer quelques écrivains qui vont ont inspirés ?
 
GC : P.G. Wodehouse, Tamora Pierce, Misty Lackey, Jane Austen.

SFFWRTCHT: C’est vrai qu’on peut voir leurs  influences. Quand avez vous commencé à écrire professionnellement et combien de temps s’est écoulé avant votre première vente ?
 
GC : Professionnellement ? J'ai toujours écrit. C'était aussi naturel que respirer. J'ai commencé à essayer de me faire publier quand j’étais lycéenne. J'ai écrit mon premier roman ensuite, mais je ne l'ai pas envoyé. Environ dix ans et quatre romans plus tard, j’ai enfin signé mon premier contrat. Et je suis auteur à plein temps seulement depuis l’année dernière.

SFFWRTCHT : Intéressant. Ainsi votre quatrième roman était Sans âme ? Avez-vous pris des cours d’écriture ? Comment avez-vous appris votre métier actuel ?
 
GC : J'ai eu des cours d’anglais, bien sûr, mais seulement au lycée. J’ai ensuite étudié les Sciences Sociales et la Philosophie.

SFFWRTCHT : Pensez-vous que votre formation d’archéologue a influencé votre écriture romanesque ?

 
GC : L’archéologie m'a donné de solides compétences en recherche et une faculté à examiner le passé de manière très objective. Sans oublier une discipline de travail d’enfer.

SFFWRTCHT: Avez-vous jamais envisagé la possibilité d'écrire un roman qui se situerait plus près de nous, comme par exemple de la science-fiction ?

GC : Oui, mais pas avant quelques années. Et cependant, il aurait probablement toujours un cadre historique.

SFFWRTCHT : Avez-vous essayé d'autres genres avant d’écrire du steampunk ?
 
GC : Oui, des romans de science-fiction et de High Fantasy pour jeunes adultes, et certains d’histoire alternative.

SFFWRTCHT : Comment vous est venue l’idée du personnage d'Alexia Tarrabotti ?

GC : Alexia a surgi de la science que j’étudiais pour écrire la série.

SFFWRTCHT : Et diriez-vous que la plupart de vos romans ont un arrière-fond historique ?

GC : Oui, je pense mieux dans le passé. Il est plus vivant pour moi. Bien que j’ai récemment écrit une nouvelle de bit-lit qui se passe de nos jours.

SFFWRTCHT : Combien de temps vous a pris l’écriture de Sans âme, avant de le vendre ?

GC : Il m’a fallu trois mois pour écrire, trois pour le faire éditer, deux pour le vendre, huit pour négocier les contrats, douze avant qu’il soit sur les étagères des librairies. J’ai un agent ultra coriace. Elle ne me laisserait pas signer un contrat « au rabais ». Jamais.

SFFWRTCHT : Démarrez-vous en esquissant d’abord vos personnages, en faisant des plans, ou laissez-vous se dérouler les choses comme elles viennent ?

GC : Je me sers de tout ! De graphiques, de croquis, de feuilles de calcul, j’ai beaucoup de plans, de notes, de story-boards = archéologue !

SFFWRTCHT : Gail Carriger et la Science de l'écriture. Faites-vous beaucoup de recherches avant d’écrire ?

GC : Je fais la plupart de mes recherches pendant la rédaction, ou après avoir fini le premier jet. Ça permet d’éviter de dérailler.

SFFWRTCHT : Quels sont les éléments clés de l'écriture steampunk?

 
GC : Hum, le sens de la temporalité, l'atmosphère, les inventions victoriennes, et une dose salutaire de fantaisie.

SFFWRTCHT : Vous l'avez très bien dépeint. Le steampunk a vraiment pris vie sous votre plume. Quels sont les éléments clés de l'écriture humoristique ?
 
GC : Oh, je pense que l'humour est un ingrédient vraiment difficile à manier. J'ai un post-it sur mon ordinateur sur lequel est écrit : « N’oublie pas d’être drôle, Gail ! » Il y a différentes façons de faire de l’humour, j'ai d’ailleurs toute une batterie de livres universitaires sur le sujet. Les Three Stooges (NdE : trois humoristes américains du cinéma muet) sont drôles, quoi qu’ils fassent. Les tartes à la crème, les baffes, les saillies drolatiques et les jeux de mot, ça dépend. De la culture, de l'âge du public. Par exemple j'utilise plus la vengeance, les baffes, la farce et la comédie burlesque dans les romans pour jeunes adultes.

SFFWRTCHT : Est-ce que certains de vos personnages sont aussi archéologues ?
 
GC: Non, mais la plupart du temps l'archéologie se faufile dans l'intrigue.

SFFWRTCHT : Avez-vous des livres de référence pour lesquels vous vous êtes dit : « Ah ! Voilà comment je veux écrire! » ?
 
GC : Hum, ceux de P.G. Wodehouse, éventuellement, mais c’était plus : « voilà comment je veux que les gens se sentent quand ils lisent mes livres. » Si seulement je pouvais écrire aussi bien que certains auteurs, sauf qu’au final je préfère toujours que les gens soient amusés plutôt qu’impressionnés.

SFFWRTCHT: Comment avez-vous fait pour obtenir le bon rythme et le bon ton ? Avez-vous du ajouter certains « ornements » ?

CG : j’ai beaucoup travaillé avec mon agent et mon éditeur, avec les beta-lecteurs, et j’ai pas mal ajouté de costumes des drames la BBC pour le decorum.

SFFWRTCHT : Non seulement Sans Âme se décline dans quatre autres romans, mais l’univers du roman se poursuit dans une nouvelle série Jeunes Adultes. Est-ce que cela était prévu ?

GC : Non, pas du tout.

SFFWRTCHT : Parlez nous un peu de Timeless (NdE : le dernier tome de la série du Protectorat de l’ombrelle). Est-il le dernier de la série originale ou y en aura-t-il d’autres ?

GC : C’est le dernier. Je crois qu’il faut savoir clore une série. J'ai par ailleurs une nouvelle série pour jeunes adultes et une autre pour adultes. C’est différent, quoique dans le même univers, mais 20 ans après.

SFFWRTCHT : Ces romans seront-ils reliés entre eux, ou seront-ils indépendants ?
 
GC : Complètement liés entre eux ; à tel point que je ne peux parler d’un de ces romans sans révéler des éléments cruciaux sur les autres.

SFFWRTCHT : Est-ce différent d’écrire pour Jeunes Adultes et pour Adultes ?

GC : Les motivations des personnages, la conscience de soi, et le souci des conséquences sont différents. Pour moi en tout cas.

SFFWRTCHT : Vos histoires s’inspirent-elles du monde réel ?

GC : Tout à fait. L’incendie qui survient dans le quatrième roman s'est effectivement produit à Londres à l'époque à laquelle se situe l’histoire. Je m’inspire aussi beaucoup des horreurs – obsession, manipulation - qu’on entend aux informations pour élaborer les méchants de mes histoires.

SFFWRTCHT : Avez-vous écrit des nouvelles se déroulant dans l’univers de vos romans ?
 
GC : Oui, une sur le père d'Alexia. J'aimerais en écrire plus, mais les romans doivent primer. Je ne suis pas loin de penser que la nouvelle est la forme de prose la plus aboutie, mais je crois aussi que je suis personnellement meilleure sur la forme longue.

SFFWRTCHT : Comment écrivez-vous ? Avez-vous un moment précis durant lequel vous écrivez ? Saisissez-vous la moindre opportunité pour écrire ?

GC : De 9h du matin à 1h de l’après-midi, je travaille sur le site, à répondre aux mails, aux chats, aux relations avec mon agent, à mon blog. De 14h à 19h, parfois plus tard, j’écris. Quand je suis en bouclage, j’écris jusqu’à 2000 mots (NdE : environ 10 pages) par jour. Si je n’écris pas suffisamment, pas de télévision. Je suis très disciplinée, et dure avec moi-même. Je dois l’être. Je suis sur des cycles de 6 mois en ce moment par roman. L’écriture est mon travail à plein temps et j'essaie de la traiter comme tel, mais parfois je suis un peu débordée.

SFFWRTCHT : Vous être votre propre maître ! Utilisez-vous un logiciel spécial ? Écoutez-vous de la musique en écrivant ?

GC: Open Office. Pas de musique. J'ai failli être une danseuse professionnelle, et la musique me donne envie de danser, pas d’écrire.

SFFWRTCHT : Quel rôle jouent les béta-lecteurs à présent que vous avez un éditeur ?

GC : Je calcule toujours mon temps par rapport au rendu final de façon à pouvoir transmettre le texte à au moins deux d'entre eux avant de le passer à mon éditeur. Après 25 ans, j'ai suffisamment confiance en mes beta-lecteurs pour qu’ils soient complètement honnêtes avec moi. C'est essentiel. J'ai par exemple deux bêtas-lecteurs qui détestent mes livres, et ce sont réellement mes meilleurs lecteurs.

SFFWRTCHT: Sur quels projets allez-vous travailler, et que nous réservez-vous ?

GC : Timeless, le dernier tome du Protectorat de l’ombrelle, plus une version manga de Sans âme qui paraîtra au printemps prochain. Le premier roman de la nouvelle série Jeunes Adultes, Etiquette & Espionage, est prévu pour l'automne prochain. Et ma nouvelle série Adultes, le Protectorat Parasol Abroad, commencera avec la parution de Prudence courant 2013.
 
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Bryan Thomas Schmidt est l'auteur du space opera The Worker Prince,  « Meilleure parution SF 2011 » chez Barnes & Noble, de la série The North Star Serial, Part I, et de plusieurs nouvelles à paraître dans des anthologies et des revues. Son deuxième roman, The Returning, sera publié par Diminished Media Group en 2012.
Il est également l’animateur de « Science Fiction and Fantasy Writer’s Chatevery » tous les mercredis à 21h EST sur Twitter, où il interviewe des gens comme Mike Resnick, A.C. Crispin, Kevin J. Anderson et Kristine Kathryn Rusch.
Contributeur régulier à Adventures In SF Publishing, Grasping For The Wind et SF Signal, il peut être contacté à @BryanThomasS sur Twitter ou via son site web. Des extraits de The Worker Prince peuvent être lus sur son blog.  Bryan est membre de la SFWA.
 
L'article en anglais ici.
 
 
 

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