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Kristin Cashore soulève le voile de son écriture.

Kristin Cashore soulève le voile de son écriture.

Mercredi 16 Février 2011
« L’écriture est une forme acceptable de schizophrénie » - E. L. Doctorow

Sur son site, Kristin Cashore nous dévoile les méandres de la création littéraire de ses œuvres.

« Tout d’abord, voici les tenants et les aboutissants de  ma manière d’écrire : j’écris à la main. Si vous ouvriez mon carnet au hasard, vous trouveriez tant de ratures, de flèches et de signes disant « voir la note bleue » ou « voir 37a » que ça vous donnerait envie de pleurer (en tous cas, c’est l’effet que ça  me fait parfois). Vous verriez aussi que je m’écris des notes à moi-même en haut de la page m’informant que ce que j’écris est nul (il est bon de garder un œil réaliste sur la situation).

Une fois que j’ai écrit l’équivalent de trente à quarante pages typographiées, je les transcris en un document Word, grâce à un logiciel de reconnaissance vocale et je l’imprime.
 
 
J’écris quasiment tous les jours, même quand je suis en vacances. Parfois j’écris deux heures, parfois douze mais plus souvent un raisonnable entre deux. Je n’ai pas de quota journalier, j’écris ce que j’écris et mes prévisions sont toujours modifiables.  Je ne me force pas à écrire si je n’y arrive pas. J’essaye de ne pas trop regarder mes mails ni d’autres choses trop distrayantes, mais je n’y arrive pas souvent et ce n’est pas grave car quelques moments de distraction ou de repos font partie du processus.

Mes idées viennent souvent de personnages dans ma tête qui parlent entre eux. Le plus souvent, ils se disputent. Je les écoute (ils sont tellement en colère, mais il y a aussi de l’amour, du désir, du manque d’assurance ou du désespoir) et je me demande : à propos de quoi se battent-ils ? Qu’est ce qui leur est arrivé ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi la vie est-elle dure avec eux ? Et tout se met en place.
 
Les caractères, les relations, les sentiments viennent en premier. En suite les décors, l’intrigue, etc. viennent s’enrouler autour. Les détails de l’intrigue, la structure qui maintient le tout ensemble sont souvent les dernières choses qui me viennent ; il y a des morceaux de l’histoire que j’ignore jusqu’au moment où je les insère dans le livre et ça se fait.

Les personnages sont tout aussi insaisissables. Une conversation que j’écris peut très bien dévier ou sortir de mon contrôle ; je peux très bien avoir l’intention qu’un personnage dise quelque chose qu’il ne dira finalement pas. Mes personnages me surprennent souvent ; à ce moment, je réalise que je me suis trompée à leur propos et je réajuste mes idées.
 
Quoi d’autre à propos de ma manière d’écrire ?

Je m’assieds dans un fauteuil. Je passe beaucoup de temps à regarder dans le vide. Je parle toute seule. Je vais du salon à la chambre pour chercher quelque chose de précis et quand j’arrive, j’ai oublié ce que je cherchais. Quand les gens sonnent à ma porte, je me cache et quand le téléphone sonne, je hurle « Qui me dérange encore ?! » et je ne réponds pas. Quand je vais me promener dans le quartier, j’emmène un stylo et des post-its et on me voit souvent crier de joie ou râler ou rire comme une maniaque.
Parfois, j’ai peur que la maison ne brule. C’est pourquoi je garde mes notes dans un coffre étanche et ignifugé. Quand je pars en vacances, je laisse la clef sur le coffre et je laisse une note pour les voleurs leur demandant d’ouvrir le coffre avant d’essayer de le voler pour qu’ils voient qu’il n’y a que du papier à l’intérieur et rien qui n’ait de la valeur. Avant  d’avoir mon coffre, je mettais mes carnets dans le frigo. Je tiens ça de Stephen King. Une autre chose que je tiens de Stephen King est la distance : des fois, on est trop proche et il faut se détacher de son écriture un moment (parfois un long moment). Les choses sont bien plus claires après qu’on s’en soit éloigné un peu. »

Je m’inquiète en permanence du livre que j’écris. Je m’inquiète à propos de la formulation, je m’inquiète à propos des thèmes, de l’intrigue, de savoir si les personnages semblent être pour les autres ce qu’ils semblent être pour moi, si le livre est trop long, si on peut apprécier les personnages, si mon monde secondaire est cohérent, si je serai capable de monter tout ça ensemble et si ça en vaut la peine. Il n’y a pas un moment où rien ne m’inquiète. J’ai compris que c’est ce qu’on  ressent quand on écrit un livre. La plupart du temps, j’arrive à empêcher que ça ne m’inquiète trop ; je deviens très douée pour ignorer les voix ou pour leur donner l’attention qu’elles méritent : les écouter, rire, leur faire un bisou et dire « Oui, je sais que tu t’inquiètes. C’est normal. Allons voir un joli coucher de soleil !  »
 
Je prends mon écriture trop au sérieux. Je ne peux pas m’en empêcher, j’aime tellement ça ! Ecrire est une activité étrange, mais les humains sont bizarres, hein ?! Auteur est une activité très humaine. »
 

1 commentaire

J'ai lu Rouge il y a quelques temps et cela a été un vrai coup de coeur! J'ai pratiquement dévoré le livre (alors que la fantasy n'est pas un genre que j'ai l'habitude de lire). J'ai beaucoup aimé le style et la plume de Kristin Cashore. Alors merci pour cette levée de voile sur son écriture :)

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