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La magie comme ressort narratif, par Brandon Sanderson

La magie comme ressort narratif, par Brandon Sanderson

Lundi 18 Juillet 2011
Magie douce et Magie dure.

 La semaine dernière, nous vous avons proposé (voir ICI) le début de la traduction d’un texte écrit en 2007 par l’auteur d’Elantris et disponible en anglais sur son site : « Sanderson’s first Law », La Première Leçon de Sanderson. L’écrivain y énonçait la première des « leçons » à suivre au moment de construire un univers magique. Dans cette seconde partie de son texte, il distingue deux types de systèmes de magie en fonction de la connaissance qu’en a le lecteur. 


Le texte de Brandon Sanderson étant relativement long, vous découvrirez la traduction de la troisième et dernière partie de ce texte en Orbit d’ici la fin du mois.
 
 
La Magie douce
 
J’ai commencé à développer la première leçon afin qu’elle puisse inclure les systèmes qui ne suivent pas de règles strictes, sans pour autant compromettre l’intrigue. Laissez-moi énoncer la leçon une deuxième fois : 
 
« La possibilité pour l’auteur de résoudre un conflit par la magie est directement proportionnelle à la manière dont le lecteur comprend cette magie. ».
 
Cette formulation permet à la leçon de s’appliquer aussi à ceux qui veulent préserver le merveilleux dans leurs livres. Pour moi, il existe un sorte d’éventail pour mesurer l’utilisation de la magie par les auteurs. D’un coté de l’éventail, on trouve les romans où la magie est présente pour établir un sens du merveilleux et pour donner au cadre, une atmosphère fantastique. Les livres qui utilisent ce type de magie ont tendance à vouloir montrer à quel point l’homme est une toute petite partie du fonctionnement éternel et mystique de l’univers. Cela donne au lecteur un sentiment de tension puisqu’il n’est jamais sûr des dangers (ou des merveilles) que les personnages vont rencontrer. De fait, les personnages eux-mêmes ne savent jamais vraiment ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. 
 
Ce système, que j’appelle « magie douce », fait partie d’une longue tradition bien établie dans l’histoire de la Fantasy. Pour moi, Tolkien lui-même est de ce coté de l’éventail : dans ses livres, le lecteur comprend rarement les capacités des sorciers et de leurs semblables. Au contraire, il passe son temps à s’identifier aux Hobbits qui ont le sentiment d’être perdus dans un monde bien plus grand et plus dangereux qu’eux. En ne divulguant pas les lois et règles de sa magie, Toklien nous dessine un monde profond qui donne au lecteur l’impression que des pouvoirs inimaginables et mouvants sont cachés sous la surface.
 
Quoi qu’il en soit, il y a quelque chose qu’il faut comprendre quand on écrit de ce coté du graphique : les très bons auteurs de magie douce n’utilisent que très, très, très rarement la magie pour résoudre les problèmes dans leurs livres. La magie crée de gros problèmes et les personnages résolvent ces problèmes avec très peu de magie. (Le Trône de Fer de George R.R. Martin illustre très bien ce paradigme).
 
Il existe une raison pour laquelle Gandalf n’emmène pas simplement Frodon au mont du Destin grâce à la magie pour lui permettre de laisser tomber l’anneau dans la fournaise. Au niveau de la narration, ce n’est simplement pas cohérent avec le système de magie. Nous ne savons pas ce que la magie peut faire, et si l’auteur l'utilise pour résoudre tous les problèmes, alors la tension dans le roman finit par devenir faible. La magie sape l'intrigue au lieu de l'améliorer.
 
Donc, si vous voulez écrire des systèmes de magie douce, je vous suggère de vous retenir et de ne pas laisser la magie résoudre les problèmes de vos personnages. S’ils tentent d’utiliser la magie, le résultat de devrait pas être ce qu’ils espèrent (de toute manière, le lecteur ne sait pas à quoi s’attendre non plus). Utilisez la magie pour le cadre et pour l’ambiance mais pas pour l’intrigue. (sauf si c’est pour embêter vos personnages : là, ça marche toujours !)
 
 
La Magie dure
 
De l’autre coté de l’éventail, il y a la magie dure. C’est là que l’auteur décrit explicitement les règles de la magie. Le but est que le lecteur puisse s’imaginer faire lui-même partie de la magie, et que l’auteur puisse lui montrer des trucs et astuces dans le fonctionnement de celle-ci. La magie en elle-même est un personnage et, en en montrant les tenants et aboutissants, l’auteur est à même de construire une architecture et des rebondissements.
 
Si le lecteur comprend le fonctionnement de la magie, alors vous pouvez utiliser la magie (ou les personnages peuvent le faire) pour régler des problèmes. Dans ce cas, ce n’est pas la magie qui améliore tout de manière mystique. Au contraire, ce sont l’intelligence et l’expérience des personnages qui résolvent les problèmes. 
 
Je placerai Isaak Asimov de ce coté du graphique. C’est un peu osé de ma part d’utiliser pour mon argumentaire un homme qui, au vu des essais que j’ai lus, désapprouvait en général la Fantasy en tant que genre : Asimov disait que la Fantasy, c’était des histoires de gens idiots (des hommes avec des sabres) qui tuaient des gens intelligents (les mages). Quoi qu’il en soit, je pense que les histoires de robots d’Isaac sont l’exemple parfait d’un système de magie dure. Dans ses histoires de robots, Asimov énonce trois lois distinctes, n’ajoute rien de plus et ne transgresse jamais ces lois. Avec les interactions de ces trois lois, il a fait des douzaines d’histoires excellentes. 
 
Notez bien qu’en appelant un système « magie dure », je ne veux pas dire que l’histoire doit suivre les lois de la science, ni même qu’elle doit expliquer POURQUOI les personnages utilisent la magie. Ce qui m’intéresse, c’est la perception que le lecteur a de la magie. Prenez les super-héros, par exemple : vous pourriez être tenté de dire que la magie des super-héros est une magie douce, après tout, les pouvoirs sont souvent ridicules avec des raisons d’exister qui défient toute logique scientifique (par exemple : « J’ai été mordu par une araignée radioactive et j’ai gagné les pouvoirs d’une araignée »).
 
Cependant, les systèmes des histoires de super-héros sont en grande partie des systèmes de magie dure. Souvenez-vous, nous étudions cela comme des écrivains et non comme des scientifiques. Narrativement parlant, la magie des super héros a tendance à être plutôt spécifique et explicite. En général, on sait exactement quels sont les pouvoirs de Spiderman et ce qu’ils permettent de faire : 
 

  1. Pouvoir de sentir le danger
  2. Force et endurance surnaturelles
  3. Pouvoir de faire sortir des toiles d’araignées de ses mains
  4. Pouvoir de grimper aux murs

 
Même si, dans les comics, Spiderman a de temps à autre d’autres pouvoirs étranges qui apparaissent (ce qui rend la magie plus douce), dans les films, il se cantonne généralement aux capacités que l’on a vues. 
 
C’est pour cela que nous ne sommes pas surpris de voir Spiderman lancer une toile d’araignée à la tête d’un méchant : on sait qu’il peut faire ça, et c’est cohérent qu’il le fasse. C’est, narrativement, un système de magie dure plutôt que de magie douce. 
 
Edit : La dernière partie est là !

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