
La Prière du chasseur - Une aventure de Jill Kismet




Hier, les fans de Mark Chadbourn sur twitter ont pu suivre un lien vers une interview qu'il a donnée au site Fantasyliterature.com. Il y parle de son rapport à Internet et à la technologie, de son écriture et de ses inspirations.
« Il peut être très destructeur pour un auteur de chercher des avis sur Internet : sur Amazon les opinions sont très tranchées. On ne peut pas plaire à tout le monde et il y aura toujours des gens à qui on ne plait pas. [...] Le net est comme un bar : vous avez un couple dans un coin qui discute tranquillement, quelques personnes qui débattent d'un sujet intéressant, beaucoup de gens qui s'amusent bruyamment et quelques gars, accoudés au bar et qui beuglent leur opinion à la face des gens. Est-ce que vous iriez vraiment là-bas leur demander « Que pensez-vous de moi ? Que pensez-vous de mon travail ? » ? Et quand bien même vous iriez, quelle réponse pensez-vous que vous obtiendriez ? »
« Si on m’indique une critique approfondie de mon travail, je contacte souvent son auteur pour lui dire que j'apprécie son attention. Ces lecteurs perspicaces m'aident à me concentrer et à trouver les points sur lesquels je peux chercher à m'améliorer. Ils méritent de savoir qu'ils m'ont aidé. »
« Le changement technologique survenu ces dix dernières années est plus grand que celui de l’ensemble du siècle précédent, et cette vitesse ne fait qu'augmenter, donc essayer de prédire le futur à dix ans... c'est un peu ambitieux. L'une des conséquences de cela, c'est qu'on ne peut plus regarder dans le passé pour prédire ce qui va arriver - toutes les règles ont changé. [...] La technologie ne modifie pas seulement notre manière de consommer et d'interagir avec d'autres sociétés de manière inédite, mais aussi notre façon de penser. En conséquence, les gens veulent des informations et du divertissement immédiatement. Les livres numériques ont cette fonction et sont en harmonie avec la manière dont de plus en plus de gens vivent leur vie. [...] Mon éditeur en Angleterre a écrit récemment aux investisseurs qu'un quart des livres de science-fiction/fantasy étaient désormais numériques. L'extension de ce pourcentage est phénoménale, surtout parce que les lecteurs de notre genre sont familiers de ces technologies. »
« J’ai les deux pieds dans le monde réel. Je m'intéresse à la psychologie, entre autres, donc je suis attentif à la façon dont les gens réagissent aux expériences. La plupart des livres que j'ai écrits se situent en quelque sorte au moment où la fantasy se confronte à la réalité. Je pense que cet instant est le plus intéressant. L'important, c’est le contraste, l’opposition. Plus le quotidien est réel, plus le reste apparaît surprenant. Plus l'issue apparaît sombre, plus le succès est étonnant. En ce sens, la fantasy nous révèle beaucoup de choses sur ce que nous sommes, en tant qu'êtres humains, et sur notre place dans le monde. [...] Ce n'est pas parce que le genre s'appelle fantasy que les personnages agissent obligatoirement de manière irréaliste. Ce qui m'aide aussi, c'est que j'ai beaucoup étudié le folklore, y compris les gens qui affirment avoir eu une expérience avec ce qu'ils appellent parfois des fées, etc., avec tout ce que cela peut comporter d'étrange, de fou et d’inquiétant. La plupart d'entre eux sont vraiment très perturbés par ce qu'ils pensent avoir vu… »
« Dans les vieilles légendes, par exemple celles issues du temps des vikings ou du Moyen Âge, ce qui appartenait à « l'autre monde » était une source de grande terreur et rendu responsable de tout ce qui n'allait pas dans la vie. [...] Les gens avaient tout un tas de gestes superstitieux pour détourner l'attention des « bons voisins » ou du « peuple des fées ». Nos histoires de fées sont en réalité issues d'une mémoire dégradée des anciens dieux celtes. Au moment où la culture a changé et où le christianisme s'est installé, ces dieux puissants, imprévisibles et dangereux qui vivaient sous terre ou sous la mer et les lacs, dans les limbes, sont devenus plus petits – des êtres magiques qui étaient tout aussi puissants et dangereux. Les anciennes religions ont perduré longtemps après que le christianisme a pris racine et les gens avaient souvent une croix et un symbole de superstition dans la même maison. Ces choses-là n'étaient donc pas oubliées, elles avaient juste changé."
« Dans les littératures de l'imaginaire, Ray Bradbury, Michael Moorcock, John Crowley, Stephen King, Alan Garner, Alan Moore ont contribué à façonner mon univers, de même que des auteurs comme H.P. Lovecraft, R. E. Howard, etc. En dehors du genre, j’aime Umberto Eco, John Steinbeck, Iain Banks, et de nombreux polars. J'ai des lectures très diversifiées, j’aime aussi les essais. Je pense qu'un auteur qui ne lit que son propre genre s'autodétruit. »
« Je divise mon temps entre l'écriture de romans et l'écriture de scénarios, donc j'écris beaucoup. Le truc, c'est de trouver des moyens de maintenir le niveau de créativité et de concentration. Pour cela, j’essaie de sortir au maximum de ma routine quotidienne, afin que l'écriture ne devienne pas ennuyeuse. Ecrire, c'est génial, mais l’activité deviendrait un pensum si elle commençait à ressembler à un emploi. Je travaille toujours sur un MacBook, comme ça je peux me déplacer : des fois en bibliothèque, dans un café, dans un bar, dans un jardin ou un parc en été. [...] Stephen King parle de l'écriture comme d'un muscle qu'il faut entrainer et je suis d’accord. J'ai constaté que plus on écrit, plus on peut écrire, et mieux on écrit. »
« Concernant la manière de construire une histoire, je travaille en "piquet de tente" pour monter la structure de l'histoire : comment elle commence, les évènements importants, les retournements de situation durant le développement et la manière dont l'histoire se termine. Entre ces "piquets" il y a beaucoup de place. "La toile de la tente" est toujours tissée par l'inconscient, c'est de là que surgissent les choses vraiment surprenantes au moment où l'on écrit et il faut laisser assez de place pour que ces choses-là puissent advenir. Les caprices et les aléas donnent vie à une histoire. »