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Paul Kearney parle de 10 000 – Au cœur de l’Empire.

Paul Kearney parle de 10 000 – Au cœur de l’Empire.

Jeudi 18 Mars 2010
James Long, du blog Speculative Horizons, a interviewé l’auteur Paul Kearney à propos de son roman 10 000 – Au cœur de l’Empire. Ce roman sort en librairie le 07 avril.

 
Votre livre 10 000 – Au cœur de l’Empire s’inspire des exploits de l’armée du même nom. Qu’est-ce qui vous attire tant dans cette histoire ?
 
Je pense que c’est le récit d’une armée isolée et confrontée à d’insurmontables dangers qui parvient néanmoins à les dépasser. Cette histoire est un véritable « road-movie » qui se déroule sur des milliers de kilomètres. Et le fait que ces soldats votaient chaque décision, que c’était une véritable démocratie. Ils étaient déterminés à conserver leur culture grecque à tout prix au sein de l’Empire Perse qui les haïssaient.
 
Votre approche de cette histoire et votre écriture ont-elles été influencées d’une quelconque manière par le film 300 ?
 
Honnêtement, non. J’ai eu l'idée d’un roman fondé sur L’Anabase de Xénophon bien avant d’avoir entendu parler de ce film. J’ai apprécié 300, mais il est si exagéré et éloigné de la vérité historique qu’il ne m’a pas influencé quand j’ai écrit 10 000 – Au cœur de l’Empire. 300 est une fable, un mythe qui n’entretient qu’un rapport lointain avec les événements réels. Il est époustouflant c’est vrai, mais est tellement stylisé qu’il représente presque l’antithèse de ma façon de travailler et des personnages que j’essaie de dépeindre dans mon roman.
 
Le postulat de départ du roman aurait pu prendre place dans n’importe quelle époque – médiéval, staeampunk ou même science-fiction. Pourquoi avez-vous décidé de le situer dans un monde qui fait écho à la Grèce et à la Perse Antique ?
 
Je crois n’avoir jamais entendu parler d’un livre de Fantasy se déroulant à cette époque. C’est un univers nouveau, différent et incroyablement riche. Je m’intéresse à cette période depuis longtemps et je connais l’histoire de ces guerriers en profondeur pour l’avoir étudiée à l’université et l’avoir rejouée de nombreuses fois durant des parties de wargame.
 
Pensez-vous donc qu’il y a trop de Fantasy se situant dans des univers médiévaux? Pensez-vous que, pour se renouveler, le genre a besoin de romans qui se déroulent dans des mondes inspirés par l’Antiquité ou par l’Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècles) plutôt que par le Moyen Âge ?
 
J’hésite à généraliser. Les romans de Tolkien, l’auteur de référence en matière de Fantasy, se déroulent à l’époque médiévale, et à cause de ça les gens s’obstinent à penser que ce niveau technologique est le cadre de référence typique de la Fantasy. Je suis même persuadé que la majeure partie du lectorat de Fantasy est mal à l’aise en dehors du cadre rassurant des chevaux, des épées et de la féodalité. Pour ma part, cette période m’ennuie. Je l’adorais quand j’étais jeune et l’apprécie encore aujourd’hui, mais elle a trop souvent été utilisée. Quand un écrivain du calibre de George R. R. Martin y situe ses romans, on imagine encore aisément les éclairs zébrés le ciel mais, pour la majorité des auteurs, fainéants, cette époque est un procédé simple et facile pour écrire de la Fantasy. Je ne veux dénoncer personne ! Je pense cependant que les écrivains sont en train de sortir de ce cadre et de le dépasser.
 
Dans 10 000 – Au cœur de l’Empire, la guerre semble exacerbé tout ce qu’il y a de bien ou de mal chez l’Homme. Était-ce délibéré de votre part ou cet aspect s’est-il développé pendant l’écriture du roman ? 
 
La guerre est une expérience extrême. L’armée a toujours rempli cette fonction qui consiste à dépouiller les hommes de tout leur superficiel et de leur « masque » et ainsi révéler leur véritable personnalité aux yeux inflexibles de leurs compagnons. La guerre est donc un excellent matériau pour un roman. Elle est aussi un moteur de changement : elle s’abat sur une société et on peut alors observer ce qui reste après son passage. Ainsi, si l’on introduit un conflit guerrier dans un livre, les personnages révèleront des aspects d’eux-mêmes qui, dans un autre contexte, seraient probablement rester cachés. Cela semble un peu cliché, mais c’est la vérité.  
 
Certaines personnes affirment que le cynisme est le ton principal de votre roman, que ce soit au sujet de la guerre ou de l’âme humaine. Comment réagissez-vous à cette déclaration?
 
Je ne connais pas grand chose en matière de cynisme. Je suis un réaliste. J’ai essayé que mes personnages se comportent comme le feraient des personnes réelles. Je voulais qu’ils paraissent authentiques. C’est pour cette raison qu’ils ne sont pas cantonnés à des rôles prédéfinis ou façonnés à partir de quelques vérités allégoriques. Ce sont simplement des hommes sous pression. Il y a en outre dans le roman une bonne dose d'idéalisme à propos de l’esprit de camaraderie, de la loyauté et même de l’amour.
 
La magie brille par son absence dans votre roman. Étiez-vous inquiet à l'idée qu’elle puisse minimiser l’importance des batailles « physiques » et leur effet en général ?
 
Oui. Je voulais mettre l’accent sur le corps à corps et les luttes armées. La magie aurait sans aucun doute rendu leur dénouement trop confus et chaotique. Je n’aime pas quand la magie prédomine dans un roman ; je préfère quand son importance reste limitée. Tolkien par exemple l’utilise à bon escient. Il fait simplement allusion à des pouvoirs magiques secrets et ne met pas en scène des magiciens invoquant des boules de feu à tort et à travers sur les champs de batailles. Bien que j’écrive de la Fantasy, mon principal souci est de la rendre réaliste. Si je voulais jouer les prétentieux, je vous soutiendrais que ce roman n’est en réalité pas de la Fantasy mais de la Science-Fiction : en effet, l’action se passe sur une planète qui n’est pas la Terre puisqu’elle possède deux lunes et que les humains cohabitent avec une race extraterrestre. La magie n’aurait pas sa place dans un cadre comme celui-ci.
 
Les émotions humaines et les relations entre soldats que vous dépeignez sont deux des points forts du roman. Vous êtes vous inspirés votre propre expérience dans l’armée ?
 
Oui. Selon moi, les soldats ont été, sont et seront toujours les mêmes. Je sais comment ils raisonnent et suis profondément reconnaissant envers l’armée pour ça.
 
Avez-vous d’autres projets de romans se déroulant dans le même monde ? Sinon, que prévoyez-vous pour la suite ?
 
Il n’y aura pas d’autres romans dans le monde de 10 000 – Au cœur de l’Empire. Je suis actuellement en train de travailler sur un nouveau cycle de Fantasy épique dans un monde qui sent bon la poudre à canon !
 
Avec les thèmes et les préoccupations diverses que vous traitez dans ce roman et ceux que d’autres auteurs de Fantasy ont pu abordées, la Fantasy semble beaucoup plus riche et plus dense que la description minimaliste faite par les médias traditionnels : « des orcs, des elfes et des magiciens ». En tant qu’auteur, cette vision restrictive de la Fantasy vous dérange-t-elle ?
 
Cela me fait enrager. J’observe ce qui se passe pour les fictions « littéraires » qui prennent toute la place dans les critiques des journaux, dans les émissions culturelles, qui remportent tous les grands prix, et je me sens rejeté. Le fait aussi que certains auteurs de Fantasy ou de Science-Fiction comme Margaret Atwood refusent d’être catalogués comme tels et trouvent toutes sortes de raisons alambiquées et sournoises pour se défendre m’agace franchement. La sortie des films du Seigneur des Anneaux nous a quelque peu aidés : ils n’ont pas remporté tant d’Oscars par hasard. Le snobisme à notre égard demeure pourtant largement répandu. Mais ce qui m’énerve par-dessus tout, ce sont les personnes qui se moquent ouvertement de la Fantasy mais qui lisent néanmoins Harry Potter et ne trouvent rien d’hypocrite dans leur comportement. Je pourrais continuer mais je suis tellement énervé qu’il faut que je sorte et que je trouve un exutoire pour me défouler.

Voir la fiche de présentation de 10 000 – Au cœur de l’Empire.

Pour lire l’article dans sa version originale, rendez-vous sur le blog de James Long, Speculative Horizons.

Vous pouvez retrouvez une autre interview de Paul Kearney sur le site Elbakin.net.

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